Impact du télétravail : est-ce que rester chez soi est bon pour le climat ?

Quel est l’impact du télétravail sur le climat ? Est-ce qu’on peut rester chez soi et se dire que c’est un bon moyen de réduire nos émissions de gaz à effet de serre ? Et quel rapport tout cela peut-il avoir avec la mobilité ? C’est à ces questions que l’on va tenter de répondre en mobilisant une étude de l’ADEME parue en novembre dernier sur le sujet.

Cet article a été initialement publié dans l’infolettre grand public de la Fresque de la Mobilité : Déplacement instantané (abonnez-vous !). Nous en proposons ici une version légèrement remaniée.

Un chat en plein télétravail
Photo de Nasim Keshmiri sur Unsplash

Un peu naïvement, on a tous cette idée que le télétravail est un dispositif forcément positif pour le climat. C’est une manière facile et efficace de réduire ses déplacements et donc les kilomètres parcourus (hop, le lien avec la mobilité). En y réfléchissant davantage, on se dit qu’on économise un peu d’énergie en chauffant moins et en n’allumant pas les bureaux dans lesquels on ne se rend plus.

Vous me voyez venir, mais, en pratique, ce n’est pas si simple que ça. Tout d’abord, le fait de ne plus faire l’aller-retour jusqu’au boulot ne veut pas dire qu’il n’y a plus de trajets du tout. De nombreux déplacements, avant chaînés (je profite du trajet pour m’arrêter sur le chemin pour faire ci ou ça), ont quand même lieu (déposer les enfants à l’école, aller faire des courses, etc.) et d’autres peuvent apparaître.

Par ailleurs, si télétravailler peut diminuer la consommation énergétique de l’employeur (ce qui est aussi à nuancer, car être à distance ne signifie pas que les locaux sont fermés pour autant), cela a tendance à augmenter celle des employés qui, de façon totalement égoïste, refusent de travailler et de se chauffer à la bougie.

Enfin, une pratique régulière du travail à distance implique très souvent de se doter du matériel qui va bien, ou du moins qui évite de se casser le dos et de se meurtrir les yeux trop vite : bureau, chaise ergonomique, ordinateur portable, écran d’appoint, connectique, etc. Bref, autant d’objets qu’il faut fabriquer spécifiquement pour télétravailler et qui peuvent compenser les bénéfices évoqués auparavant.

L’étude de l’ADEME prend tout cela en compte et regarde ce que cela suppose sur plusieurs scénarios prospectifs s’étalant de 2023 à 2035. Les résultats permettent de conclure que le télétravail est globalement positif pour lutter contre le dérèglement climatique. Pour autant, il ne l’est pas de façon univoque pour d’autres critères. C’est notamment le cas de l’indicateur évaluant l’impact sur l’épuisement des ressources, métaux et minéraux qui se retrouve dans le négatif, ce qui paraît plutôt logique dans la mesure où le succès du travail à distance repose sur une numérisation accrue. En gros : on n’a rien sans rien.

Au global, et dans le cas d’une massification du télétravail, l’économie de CO2e (une mesure qui regroupe les différents gaz à effet de serre) varie entre 4 et 8 kg par habitant et par an en fonction de votre lieu d’habitation. Pour rappel, un Français moyen émet autour de 9 t de CO2e par an. Télétravailler, de façon soutenue à l’échelle de la société, permet donc de contrebalancer entre 2 et 4 % des émissions de la voiture.

On pourrait aller plus loin et s’interroger sur des effets rebonds ou indirects à long terme. Par exemple, est-ce qu’une massification du télétravail encourage les gens à s’éloigner de leur lieu de travail et à vivre dans des maisons plus grandes (notamment pour avoir une pièce dédiée pour bosser) ? Il y a aussi des répercussions plus positives, mais tout autant difficiles à évaluer : quels impacts du télétravail sur l’accidentologie ou sur la qualité de l’air ? On pourrait multiplier les exemples sur de nombreux d’aspects qui peuvent finir par jouer dans la balance coûts/bénéfices.

Dans tous les cas, il est bon de se rappeler que beaucoup de métiers ne sont pas possibles à distance. En 2023, moins d’un actif sur cinq télétravaillait au moins un jour par semaine et cela concernait en majeure partie les cadres, un peu les professions intermédiaires, très faiblement les employés et pas du tout les ouvriers. Cela en fait donc une petite partie de la solution, mais pas beaucoup plus. Sans surprise, la décarbonation des transports (et de tous les secteurs, finalement) repose avant tout sur la convergence de multiples initiatives adaptées à la situation de chacun. N’hésitez pas à participer à un atelier de la Fresque de la Mobilité pour découvrir les leviers à votre main !