Essor du vélo : la route est droite, mais la pente est forte

Un vélo dans les airs
Photo de Carter Moorse sur Unsplash

Dans ce qui est en train de devenir une tradition annuelle (deux fois suffisent pour faire règle), nous vous proposons un court article focalisé sur le vélo. Tous les prétextes sont bons pour parler biclou, et c’est également l’avis de l’ADEME, qui a profité de l’opération « Mai à vélo » pour sortir un rapport qui actualise les chiffres sur la pratique, l’économie et les externalités de la bicyclette. Comme on est des gens disciplinés, on va prendre les sujets dans l’ordre.

Cet article a été initialement publié dans l’infolettre grand public de la Fresque de la Mobilité : Déplacement instantané (abonnez-vous !). Nous en proposons ici une version légèrement remaniée.

Vers une pratique régulière du vélo

Un Français sur trois s’adonne au vélo au moins une fois par mois en 2024. On pourrait s’en réjouir, mais ce chiffre est relativement stable depuis dix ans et bien loin des presque 60 % affichés par l’Allemagne. Pour autant, cela masque des changements dans la fréquence d’utilisation : en 2012, c’est 12 % des Français qui grimpaient sur la petite reine minimum une fois par semaine contre 24 % en 2024.

Le vélo, qui était délaissé au début des années 2000, revient en force sur la dernière décennie. Sa part modale dans les trajets quotidiens a doublé au cours de cette période. La pratique devient donc plus régulière qu’occasionnelle. Autre chiffre qui abonde dans ce sens : la fréquentation mesurée des aménagements cyclables a fait + 37 % entre 2019 et 2023 malgré un tassement à partir de 2022. Même si on peut se féliciter de ce « retour en grâce », cela reste très loin des objectifs fixés jadis ou de la moyenne de l’Union européenne.

Il faudra attendre la prochaine enquête de mobilité décennale (qui est en cours) pour avoir une vue plus claire sur l’ensemble du territoire de la part kilométrique du vélo dans les déplacements quotidiens et de la provenance du report modal occasionné (voiture, transports collectifs, marche).

L’économie de la bicyclette

Sur le volet économique, les deux-roues qui font dring-dring (on manque de synonymes à ce stade) font travailler un peu plus de 72 000 équivalents à temps plein. Le rapport souligne qu’après une période de croissance faste post-crise sanitaire, la production de vélos a largement baissé. Pour autant, le prix moyen d’une bécane neuve ayant augmenté (en particulier avec l’essor des vélos à assistance électrique), les vendeurs se portent bien. Depuis peu, c’est du côté des services que le marché se développe avec des offres de location, de prêt ou encore de réparation.

Concernant les infrastructures, le document note également quelques progrès, malgré des marges d’amélioration. Le nombre de kilomètres aménagés pour les bicyclettes continue de croître sur le territoire et a fait + 14 % entre 2022 et 2025 (ce qui n’est pas énorme non plus), tout comme les places de stationnements (+ 44 % sur le même temps).

Histoire de vous convaincre du bien fondé de passer au vélo, le rapport souligne aussi son faible coût par rapport à l’automobile : seulement 187 € par an contre 5 882 € pour une voiture, soit 32 fois moins. S’agissant du soutien apporté au secteur par la puissance publique, il correspond, en moyenne, à 58 € par vélocipède. Un chiffre qui est loin des 728 € de dépenses estimées de la part l’État et des collectivités pour chaque auto.

Enfin, l’ADEME insiste sur les externalités positives liées à la pratique du vélo. Pour n’en citer que quelques-unes en vrac : la réduction des congestions, la diminution du bruit routier, l’impact minime sur l’artificialisation des sols, les avantages pour la santé, les gains sur la productivité, la faible dangerosité des accidents causés par des cyclistes. Bref, autant de bonnes raisons de se dire qu’on aurait tout intérêt à ne pas lâcher l’affaire sur ce sujet malgré les obstacles.